dimanche, 01 novembre 2009
Semaine Poétique: Mallarmé ; poème 6
Angoisse
(Je pense donc je peint, jean claude gaugy)
Je ne viens pas ce soir vaincre ton corps, ô bête
En qui vont les péchés d'un peuple, ni creuser
Dans tes cheveux impurs une triste tempête
Sous l'incurable ennui que verse mon baiser :
Je demande à ton lit le lourd sommeil sans songes
Planant sous les rideaux inconnus du remords,
Et que tu peux goûter après tes noirs mensonges,
Toi qui sur le néant en sais plus que les morts.
Car le Vice, rongeant ma native noblesse
M'a comme toi marqué de sa stérilité,
Mais tandis que ton sein de pierre est habité
Par un coeur que la dent d'aucun crime ne blesse,
Je fuis, pâle, défait, hanté par mon linceul,
Ayant peur de mourir lorsque je couche seul.
22:30 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mallarmé, poésie contemporaine, 19eme, angoisse
Semaine Poétique: Mallarmé, dernier poème
Quand l'ombre menaça ...

Quand l'ombre menaça de la fatale loi
Tel vieux Rêve, désir et mal de mes vertèbres,
Affligé de périr sous les plafonds funèbres
Il a ployé son aile indubitable en moi.
Luxe, ô salle d'ébène où, pour séduire un roi
Se tordent dans leur mort des guirlandes célèbres,
Vous n'êtes qu'un orgueil menti par les ténèbres
Aux yeux du solitaire ébloui de sa foi.
Oui, je sais qu'au lointain de cette nuit, la Terre
Jette d'un grand éclat l'insolite mystère,
Sous les siècles hideux qui l'obscurcissent moins.
L'espace à soi pareil qu'il s'accroisse ou se nie
Roule dans cet ennui des feux vils pour témoins
Que s'est d'un astre en fête allumé le génie.
illustration: Pierre Alechinsky (°1927) - La Jeune fille et la Mort (1966-67)
Acrylique et encre de Chine (prédelle) sur papier marouflé sur toile (137 x 137)
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Rousseau/Diderot et la volonté générale
Pour Rousseau, ce qui constitue une société c'est ce qu'il appel la « volonté générale », c'est à dire l'unité d'un vouloir commun. C'est une expression empruntée à Diderot dont Rousseau « déplace » quelque peu le sens.
Si on comprend aisément ce que peut vouloir dire le terme de « volonté », c'est à dire un mouvement de l'esprit mue par le désir et l'intérêt, il est plus difficile de comprendre ce terme de « générale ». Alors que peut il bien vouloir dire? Chez Rousseau, il ne veut pas dire « universelle », il faut entendre l'expression toute entière pour comprendre chacun de ses tenants. Ainsi, la volonté générale n'est qu'en tant qu'elle est relative à l'ensemble d'un peuple particulier. Elle ne caractérise pas l'humanité. Elle peut en fait être dîtes « volonté particulière » dans le sens où elle est une caractéristique d'un peuple précis.
On ne peut pas laisser la détermination du juste et de l'injuste au bon vouloir de l'individu car le bon vouloir est arbitraire. Il nous dit que l'homme est toujours lié, moralement comme physiquement. Lié signifie ici faire tenir ensemble des choses qui étaient séparés, c'est à dire dans son sens le plus commun. La soumission à la volonté générale est le lien social de toute société à la nature. Diderot souligne d'ailleurs l'importance de la constitution physiologique de ces liens. Tout est lié dans l'homme donc l'homme est lié à tout.
Rousseau en vient donc à nous dire que les sociétés sont liées par un principe de continualité, c'est à dire par un « contrat ». Le contrat implique deux parties distinctes or jusqu'ici, des liens tenaient ensemble tous les hommes. Rousseau dénonce l'illusion de la possibilité de couper ces liens. En effet, c'est par nature que l'homme est libre et bon, la solitude est une forme pathologique de l'existence de l'homme. L'homme existe donc naturellement à l'état de société. Celui qui s'en extrait, l'ermite, le solitaire est quelqu'un de monstrueux qui, même, n'appartient quasiment plus au genre humain pense Diderot et reprendra Rousseau. La volonté générale est donc une réalité biologique. Diderot sera le premier à s'opposer à cette pensée mécaniste des liens sociaux, il y oppose une pensée physiologique. Dans le Supplément aux voyages de Bougainvilles, Diderot dira que « l'intervalle qui sépare un homme d'une femme sera franchi par le plus amoureux ». Il nous indique par là que même si dans un temps différent un homme et un femme venait à vivre séparément sans jamais ne s'être rencontré et qu'il se rencontrait, même dans le plus basique des rapports humains, il y aurait un rapprochement, un état que l'on pourrait qualifier de société. L'homme seul est donc une abération. Il nous offre ici une sorte de caractéristique du genre humain.
19:45 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : volonté, générale, genre humain
Semaine Poétique: Mallarmé ; poème 5
Hérodiade - Cantique de saint Jean

Le soleil que sa halte
Surnaturelle exalte
Aussitôt redescend
Incandescent
Je sens comme aux vertèbres
S'éployer des ténèbres
Toutes dans un frisson
A l'unisson
Et ma tête surgie
Solitaire vigie
Dans les vols triomphaux
De cette faux
Comme rupture franche
Plutôt refoule ou tranche
Les anciens désaccords
Avec le corps
Qu'elle de jeûnes ivre
S'opiniâtre à suivre
En quelque bond hagard
Son pur regard
Là-haut où la froidure
Éternelle n'endure
Que vous le surpassiez
Tous ô glaciers
Mais selon un baptême
Illuminée au même
Principe qui m'élut
Penche un salut.
19:30 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie 19ème, poésie, mallarmé




