jeudi, 05 novembre 2009
Semaine Poétique: Les DaDa, IV- Benjamin Péret
Source
Il est Rosa moins Rosa
dit la giboulée qui se réjouit de rafraîchir le vin blanc
en attendant de défoncer les églises un quelconque jour de Pâques
Il est Rosa moins Rosa
et quand le taureau furieux de la grande cataracte m'envahit
sous ses ailes de corbeaux chassés de mille tours en ruines
quel temps fait-il
Il fait un temps Rosa avec un vrai soleil de Rosa
et je vais boire Rosa en mangeant Rosa
jusqu'à ce que je m'endorme d'un sommeil de Rosa
vêtu de rêves Rosa
et l'aube Rosa me réveillera comme un champignon Rosa
où me verra l'image de Rosa entourée d'un halo Rosa
(illustration: Miro, Je Sublime - 1936)
12:20 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, dada, surréaliste, surréalisme, péret
mercredi, 04 novembre 2009
Semaine Poétique: Les DaDa, III- Jean Cocteau
Le Septième Ange
Le septième ange qui sonnait de la trompette
Lança ses foudres d'or sur le char d'Apollon.
Le Dieu (dont le sourcil ressemble à la houlette)
Excitait son quadrige en frappant du talon.
Mais les chevaux cabrés et ligotés de veines
L'un l'autre s'insultaient et se mordaient le col
Et les rois se jetaient sur les bûchers des reines,
Et le char du soleil se fracassait au sol.
Il y eut là quelques minutes étonnantes
Ou les îles sombraient, où tonnaient les volcans,
Où l'ange assassinait les bêtes et les plantes,
Les soldats des Césars endormis dans les camps...
Voilà comment en nous peut se rompre une artère,
Voilà comment en nous un cycle s'interrompt.
La trompette a sonné, l'ange n'a qu'à se taire.
Ce que l'ange a défait, d'autres le referont.
(illustration Max Ernst Célèbes, 1921)
19:05 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, cocteau, surréalisme, dadaisme, septième ange
mardi, 03 novembre 2009
Semaine Poétique: Les DaDa, II- Prévert
Pour faire le Portrait d'un oiseaux
Peindre d'abord une cage
avec une porte ouverte
peindre ensuite
quelque chose de joli
quelque chose de simple
quelque chose de beau
quelque chose d'utile
pour l'oiseau
placer ensuite la toile contre un arbre
dans un jardin
dans un bois
ou dans un forêt
se cacher derrière l'arbre
sans rien dire
sans bouger
Quand l'oiseau arrive
s'il arrive
observer le plus profond silence
attendre que l'oiseau entre dans la cage
et quand il est entré
fermer doucement la porte avec la pinceau
puis ,
effacer un à un tous les barreaux
en ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l'oiseau
Faire ensuite le portrait de l'arbre
en choisissant la plus belle de ses branches
pour l'oiseau
peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent
la poussière du soleil
et le bruit des bêtes de l'herbe dans la fraîcheur de l'été
et puis attendre que l'oiseau se décide à chanter
Si l'oiseau ne chante pas
c'est mauvais signe
mais s'il chante c'est bon signe
signe que vous pouvez signer
alors vous arrachez tout doucement
une des plumes de l'oiseau
et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.
(illustration: Paul Delvaux 1957 Train du soir)
21:22 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : poésie, dadaïste, moderne, contemporain, poésie moderne, prévert, delvaux
lundi, 02 novembre 2009
Semaine Poétique: Les DaDa, I- Tzara
Tristan Tzara - Pour faire un poème dadaïste
(Roberto Matta: The Inthinkable)Pour faire un poème dadaïstes
Prenez un journal
Prenez des oiseaux
Choisissez dans ce journal un article ayant la longueur que vous comptez donner à votre poème.
Découpez l'article.
Découpez ensuite avec soin chacun des mots qui forment cet article et mettez-les dans un sac.
Agitez doucement.
Sortez ensuite chaque coupure l'une après l'autre dans l'ordre où elles ont quitté le sac.
Copiez consciencieusement.
Le poème vous ressemblera.
Et vous voici un écrivain infiniment original et d'une sensibilité charmante, encore qu'incomprise du vulgaire.
13:00 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, tzara, dada, dadaïste, poésie contemporaine
dimanche, 01 novembre 2009
Semaine Poétique: Mallarmé, dernier poème
Quand l'ombre menaça ...

Quand l'ombre menaça de la fatale loi
Tel vieux Rêve, désir et mal de mes vertèbres,
Affligé de périr sous les plafonds funèbres
Il a ployé son aile indubitable en moi.
Luxe, ô salle d'ébène où, pour séduire un roi
Se tordent dans leur mort des guirlandes célèbres,
Vous n'êtes qu'un orgueil menti par les ténèbres
Aux yeux du solitaire ébloui de sa foi.
Oui, je sais qu'au lointain de cette nuit, la Terre
Jette d'un grand éclat l'insolite mystère,
Sous les siècles hideux qui l'obscurcissent moins.
L'espace à soi pareil qu'il s'accroisse ou se nie
Roule dans cet ennui des feux vils pour témoins
Que s'est d'un astre en fête allumé le génie.
illustration: Pierre Alechinsky (°1927) - La Jeune fille et la Mort (1966-67)
Acrylique et encre de Chine (prédelle) sur papier marouflé sur toile (137 x 137)
22:00 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mallarmé, poésie, 19eme, poésie contemporaine
Semaine Poétique: Mallarmé ; poème 5
Hérodiade - Cantique de saint Jean

Le soleil que sa halte
Surnaturelle exalte
Aussitôt redescend
Incandescent
Je sens comme aux vertèbres
S'éployer des ténèbres
Toutes dans un frisson
A l'unisson
Et ma tête surgie
Solitaire vigie
Dans les vols triomphaux
De cette faux
Comme rupture franche
Plutôt refoule ou tranche
Les anciens désaccords
Avec le corps
Qu'elle de jeûnes ivre
S'opiniâtre à suivre
En quelque bond hagard
Son pur regard
Là-haut où la froidure
Éternelle n'endure
Que vous le surpassiez
Tous ô glaciers
Mais selon un baptême
Illuminée au même
Principe qui m'élut
Penche un salut.
19:30 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie 19ème, poésie, mallarmé
jeudi, 29 octobre 2009
Semaine Poétique: Mallarmé ; poème 2
Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui ...

Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui
Va-t-il nous déchirer avec un coup d'aile ivre
Ce lac dur oublié que hante sous le givre
Le transparent glacier des vols qui n'ont pas fui !
Un cygne d'autrefois se souvient que c'est lui
Magnifique mais qui sans espoir se délivre
Pour n'avoir pas chanté la région où vivre
Quand du stérile hiver a resplendi l'ennui.
Tout son col secouera cette blanche agonie
Par l'espace infligée à l'oiseau qui le nie,
Mais non l'horreur du sol où le plumage est pris.
Fantôme qu'à ce lieu son pur éclat assigne,
Il s'immobilise au songe froid de mépris
Que vêt parmi l'exil inutile le Cygne.
19:30 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : mallarmé, poésie, semaine poétique, poésie française, poésie 19ème
mercredi, 28 octobre 2009
Semaine Poétique: Mallarmé
Brise Marine
(printemps 1865)

La chair est triste, hélas ! et j'ai lu tous les livres.
Fuir ! là-bas fuir! Je sens que des oiseaux sont ivres
D'être parmi l'écume inconnue et les cieux !
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux
Ne retiendra ce coeur qui dans la mer se trempe
Ô nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.
Je partirai ! Steamer balançant ta mâture,
Lève l'ancre pour une exotique nature !
Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,
Croit encore à l'adieu suprême des mouchoirs !
Et, peut-être, les mâts, invitant les orages,
Sont-ils de ceux qu'un vent penche sur les naufrages
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots ...
Mais, ô mon coeur, entends le chant des matelots !
12:30 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mallarmé, poésie
dimanche, 28 octobre 2007
Semaine Poétique XVIII
Proposé par Louis
Jamais d'autre que toi en dépit des étoiles et des solitudes
En dépit des mutilations d'arbre à la tombée de la nuit
Jamais d'autre que toi ne poursuivra son chemin qui est le mien
Plus tu t'éloignes et plus ton ombre s'agrandit
Jamais d'autre que toi ne saluera la mer à l'aube quand
Fatigué d'errer moi sorti des forêts ténébreuses et
Des buissons d'orties je marcherai vers l'écume
Jamais d'autre que toi ne posera sa main sur mon front
Et mes yeux
Jamais d'autre que toi et je nie le mensonge et l'infidélité
Ce navire à l'ancre tu peux couper sa corde
Jamais d'autre que toi
L'aigle prisonnier dans une cage ronge lentement les barreaux
De cuivre vert-de-grisés
Quelle évasion !
C'est le dimanche marqué par le chant des rossignols
Dans les bois d'un vert tendre l'ennui des petites
Filles en présence d'une cage où s'agite un serein
Tandis que dans la rue solitaire le soleil lentement
Déplace sa ligne mince sur le trottoir chaud
Nous passerons d'autres lignes
Jamais jamais d'autre que toi
Et moi seul seul comme le lierre fané des jardins
De banlieue seul comme le verre
Et toi jamais d'autre que toi.
Robert Desnos
21:26 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : poésie, desnos, jamais d'autre que toi
dimanche, 21 octobre 2007
Semaine Poétique XVII
Choisi par Valérie
LXIX
Troisième fable
Le ptit Lou s'ébattait dans un joli parterre
Où poussait la fleur rare et d'autres fleurs itou
Et Lou cueillait les fleurs qui se laissaient bien faire
Mais distraite pourtant elle en semait partout
Et perdait ce qu'elle aime
Morale
On est bête quand on sème
Guillaume Apollinaire
16:45 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : poème, poésie, apollinaire, poème à lou, troisième fable, on est bête quand on sème







