dimanche, 21 octobre 2007

Semaine Poétique XVII

Choisi par Valérie 

LXIX

Troisième fable

 

Le ptit Lou s'ébattait dans un joli parterre

Où poussait la fleur rare et d'autres fleurs itou

Et Lou cueillait les fleurs qui se laissaient bien faire

Mais distraite pourtant elle en semait partout

Et perdait ce qu'elle aime

Morale

On est bête quand on sème

Guillaume Apollinaire 

Semaine Poétique XVII

Proposé par Shérazade 
LEGION


Si j'ai le droit de dire en français aujourd'hui,
Ma peine et mon espoir, ma colère et ma joie
Si rien ne s'est voilé, définitivement,
De notre rêve immense et de notre sagesse

C'est que ces étrangers, comme on les nomme encore,
Croyaient à la justice, ici bas, et concrète
Ils avaient dans leur sang le sang de leurs semblables
Ces étrangers savaient qu'elle était leur patrie.

La liberté d'un peuple oriente tous les peuples
Un innocent aux fers enchaîne tous les hommes
Et qui se refuse à son coeur, sait sa loi
Il faut vaincre le gouffre et vaincre la vermine

Ces étrangers d'ici, qui choisirent le feu,
Leurs portraits, sur les murs, sont vivants pour toujours
Un soleil de mémoire éclaire leur beauté
Ils ont tué pour vivre, ils ont crié vengeance.

Leur vie tuait la mort au coeur d'un miroir fixe
Le seul voeu de justice a pour écho la vie
Et lorsqu'on n'entendra que cette voix sur terre,
Lorsqu'on ne tuera plus ils seront bien vengés,

Et ce sera justice.

Paul Eluard 

Semaine Poétique XVII

Choisi par Louis 

Les Aveugles

Contemple-les, mon âme ; ils sont vraiment affreux !
Pareils aux mannequins ; vaguement ridicules ;
Terribles, singuliers comme les somnambules ;
Dardant on ne sait où leurs globes ténébreux.

Leurs yeux, d'où la divine étincelle est partie,
Comme s'ils regardaient au loin, restent levés
Au ciel ; on ne les voit jamais vers les pavés
Pencher rêveusement leur tête appesantie.

Ils traversent ainsi le noir illimité,
Ce frère du silence éternel. O cité !
Pendant qu'autour de nous tu chantes, ris et beugles,

Eprise du plaisir jusqu'à l'atrocité,
Vois ! je me traîne aussi ! mais, plus qu'eux hébété,
Je dis : Que cherchent-ils au Ciel, tous ces aveugles ?

Charles Baudelaire 

 

mercredi, 29 août 2007

Semaine Michaux : Rêve de Moore

…Et voyageant ainsi qu'on fait en rêve, elle arrive au milieu d'une peuplade de nègres.

Et là, suivant la coutume qui s'attache aux fils de roi, l'enfant royal est nourri par la mère et par la nourrice. Mais à la nourriture on ne laisse qu'un sein. L'autre est sectionné et la poitrine est plate comme celle d'un homme (sauf le nœud de la cicatrice).

La voyageuse, voyant cela, s'étonne.

Alors le vice-roi : « Vous avez bien remarqué comme tout le monde, n'est-ce pas, que quand l'enfant tette, l'autre mamelle, il la touche constamment et la caresse. C'est ainsi que ça va le mieux.

« Or la nourrice nous en coupons une pour que l'enfant apprenne plus vite à parler. En effet, ce sein absent l'intrigue tellement qu'il n'a de cesse qu'il n'ait pu composer un mot et interroger là-dessus son entourage.

« Et le premier mot qui vient, c'est toujours : abricot. »

Semaine Michaux : Ma Vie S'arrêta

J'étais en plein océan. Nous voguions. Tout à coup le vent tomba. Alors l'océan démasqua sa grandeur, son interminable solitude.

Le vent tomba d'un coup, ma vis fit « toc ». Elle était arrêtée à tout jamais.

Ce fut une après-midi de délire, ce fut après-midi singulière, l'après-midi de « la fiancée se retire ».

Ce fut un moment, un éternel moment, comme la voix de l'homme et sa santé étouffe sans effort les gémissements des microbes affamés, ce fut un moment, et tous les autres moments s'y enfournèrent, s'y envaginèrent, l'un après l'autre, au fur au mesure qu'ils arrivaient, sans fin, sans fin, et je fus roulé dedans, de plus en plus enfoui, sans fin, sans fin.

Semaine Michaux : Ma Vie

Tu t'en vas sans moi, ma vie.
Tu roules.
Et moi j'attends encore de faire un pas.
Tu portes ailleurs la bataille.
Tu me désertes ainsi. 
Je ne t'ai jamais suivie.
Je ne vois pas clair dans tes offres.
Le petit peu que je veux, jamais tu ne l'apportes.
A cause de ce manque, j'aspire à tant.
À tant de choses, à presque l'infini...
À cause de ce peu qui manque, que jamais n'apportes.

mardi, 28 août 2007

Semaine Michaux : Je vous écris d'un pays lointain XII

L'éducation des frissons n'est pas bien faite dans ce pays. Nous ignorons les vraies règles et quand l'évènement apparaît, nous sommes prises au dépourvu.
C'est le temps, bien sûr. ( Est-*il pareil chez vous?) il faudrait arriver plus tôt que lui; vous voyez, ce que je veux dire, rien qu'un tout petit peu avant. Vous connaissez l'histoire de la puce dans le tiroir? Oui, bien sûr. Et comme c'est vrai n'est ce pas! Je ne sais plus que dire.

Semaine Michaux : Je vous écris d'un pays lointain XI

Elle lui écrit encore:
"Vous n'imaginez pas tout ce qu'il y a dans le ciel, il faut l'avoir vu pour le croire. Ainsi, tenez, les...mais je ne vais pas vous dire leur nom tout de suite."
Malgré des airs de peser très lourd et d'occuper presque tout le ciel, ils ne pèsent pas, tout grands qu'ils sont, autant qu'un enfant nouveau-né.
Nous les appelons des nuages.
Il est vrai qu'il en sort de l'eau, mais pas en les comprimant, ni en les triturant. ce serait inutile, tant ils en ont peu.
Mais, à conditiond'occuper des longueurs et des longueurs, des largeurs et des largeurs, des profondeurs aussi et des profondeurs et de faire les enflés, ils arrivent à la longue à laisser tomber quelques gouttelettes d'eau, oui d'eau. Et on est bel et bien mouillé. On s'enfuit, furieuses d'avoir été attrapées; car personne ne sait le moment où ils vont lâcher leurs gouttes; parfois, ils restent des jours sans les lâcher. Et on resterait en vain chez soi à les attendre.

lundi, 27 août 2007

Semaine Michaux : Je vous écrit d'un pays lointain X

"Nous sommes plus que jamais entourés de fourmis", dit sa lettre. Inquiètes, ventre à terre, elles poussent des poussières. Elles ne s'intéressent pas à nous.
Pas une ne lève la tête.
C'est la société la plus fermée qui soit, quoiqu'elles se répandent constamment au dehors. N'impoorte, leurs projets à réaliser, leurs préoccupations... elles sont entre elles..partout.
Et jusqu'à présent pas une n'a levé la tête sur nous. Elle se ferait plutôt écraser.

Semaine Michaux : Je vous écris d'un pays lointain IX

Je ne peux vous laisser sur un doute, continue-t'elle, sur un manque de confiance. Je voudrais vous reparler de la mer. mais il reste l'embarras. Les ruisseaux avancent; mais elle, non. Ecoutez, ne vous fâchez pas, je vous le jure, je ne cherche pas à vous tromper. Elle est comme çà. Pour fort qu'elle s'agite, elle s'arête devant un peu de sable. C'est une grande embarassée. Elle voudrait sûrement avancer, mais le fait est là.
Plus tard peut-être, un jour, elle avancera.

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